Des travailleuses constatent une augmentation des problèmes de santé mentale liés au travail, que ce soit en raison de conditions de travail précaires ou discriminatoires, ou d’un manque d’emplois. Des conditions de travail minimales sont insuffisantes et nuisibles, car à ce degré de précarité, les femmes ne peuvent se permettre de prendre un congé de maladie sans solde. Cette situation peut mener à la dégradation de la santé, tant mentale que physique.

« Les femmes sont vraiment au bout du rouleau, elles sont épuisées physiquement. Certaines participantes font de l’insomnie, d’autres sont suicidaires. »

Plusieurs facteurs peuvent rendre la recherche d’un emploi difficile : l’absence d’un réseau social, la difficile conciliation travail famille, la discrimination. Par exemple, pour les immigrantes récentes, sans famille au Québec et qui n’ont pas encore développé de réseau de contacts, se trouver un emploi est un grand défi. De plus, la discrimination systémique ne les épargne pas. Une intervenante en employabilité s’exprime à ce sujet :

« On le voit dans les statistiques, chez Emploi-Québec. Selon l’ethnie ou la culture [d’origine], le taux de chômage est très différent. »

Par ailleurs, certaines femmes sont plus vulnérables économiquement. En 2005, le revenu moyen des femmes appartenant à des minorités était plus bas que le revenu moyen des femmes en général : celui des femmes immigrantes, 23 232 $; celui des femmes autochtones, 18 627 $. Quant au revenu moyen des femmes handicapées, il était inférieur à 15 000 $ pour plus de la moitié d’entre elles[1. Sources : femmes immigrantes et autochtones : SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE (2010). L’égalité entre les femmes et les hommes au Québec : Faits saillants, Québec, Gouvernement du Québec, p. 32-33 ; femmes handicapées : INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC (2010). Vivre avec une incapacité au Québec : Un portrait statistique à partir de l’Enquête sur la participation et les limitations d’activités de 2001 et 2006, Québec, ISQ, p. 100.].

D’autres femmes sont victimes d’âgisme. À ce sujet, une travailleuse explique :

« J’ai plusieurs clientes qui sont dans la cinquantaine. On le voit, il y a une certaine discrimination liée à l’âge. »

La recherche d’emploi peut être pesante et épuisante, néfaste pour leur estime de soi, notamment lorsqu’elles font face à une dévalorisation professionnelle et à une chute importante de leur niveau de vie. La recherche d’emploi peut aussi devenir ardue pour des femmes qui ont des enfants (que les familles soient monoparentales ou non) étant donné leur disponibilité limitée lorsqu’elles n’ont personne pour garder.

Insécurité financière

L’insécurité financière due au manque d’emploi ou à une insuffisance de revenus permettant de vivre convenablement entraine des situations stressantes. Dans plus de la moitié des groupes (56 %), la majorité des participantes reçoivent des prestations d’aide sociale. Ces prestations, dont les montants se situent sous le seuil de la pauvreté, ne permettent pas à ces femmes de vivre décemment. En 2011, au Québec, la prestation d’aide sociale de base pour une personne apte à travailler (dite sans contrainte), est de 574 $ par mois, ce qui, étant donné le cout actuel de la vie, ne suffit déjà pas au paiement d’un loyer et de l’électricité. Les femmes manquent même de l’essentiel.

« Avec l’aide sociale seulement, une femme n’y arrive pas. Elle se prive de tout et malgré ça, il lui reste 25 $ pour se nourrir pendant un mois, ça n’a pas de bon sens. »

Au stress causé par le manque d’argent s’ajoute parfois la tension générée par le harcèlement administratif. Dans certains cas, les contraintes technocratiques font en sorte que les autorités ferment les yeux sur les besoins des prestataires de l’aide sociale. Déjà insuffisant, le montant de la prestation d’aide sociale est parfois révisé à la baisse. Certaines prestataires subissent des contrôles parfois injustifiés.

« C’est un cercle vicieux : tu n’as pas de logement, alors tu vas vivre chez quelqu’un, mais tu n’as plus droit à l’aide sociale parce que tu n’as pas de logement loué à ton nom. »

Par ailleurs, l’insécurité financière pousse certaines femmes à accepter l’inacceptable. Certaines conservent un emploi où elles sont harcelées. D’autres continuent de vivre en couple pour des raisons financières et supportent des partenaires qu’elles n’aiment plus. Une travailleuse d’un centre de femmes remarque que, depuis trois ans, elle reçoit davantage de participantes qui vivent ce genre de situations.

D’autres participantes restent dans des relations où elles vivent des abus. Il devient alors urgent pour ces femmes de se trouver un travail. Une conseillère en emploi d’un centre de femmes explique comment le fait de trouver un emploi et de gagner un revenu suffisant peut permettre de se libérer d’un conjoint agresseur. Enfin, certaines femmes vivent des situations économiques extrêmement difficiles dans l’attente de leur conjoint, resté dans leur pays d’origine, et qui ne les soutient pas financièrement. Elles ne font pas de demande d’aide sociale de peur que leur conjoint perde le droit d’immigrer au Canada.

Insécurité alimentaire

Le manque de revenu (aide sociale insuffisante, salaire trop bas, absence de revenu) pousse plus de femmes à se présenter dans les organismes : elles n’ont plus rien à manger. D’ailleurs, l’insécurité alimentaire chez les participantes est un phénomène en augmentation dans 63 % des organismes. Comme le mentionne une intervenante d’un centre de femmes, « quand elles arrivent chez nous, les participantes sont stressées à cause de la pauvreté. C’est pour ça qu’on offre des dîners, qu’on fournit la soupe, des petits-déjeuners. On organise également des cuisines collectives parce que les femmes n’ont pas de quoi manger; on les programme à la fin du mois. » Certaines femmes se privent pour pouvoir nourrir leurs enfants, au risque de souffrir de carences et de tomber malade.

Dans certaines régions, des réalités socioéconomiques particulières affectent les femmes[2. Ces aspects propres aux régions ne sont que des exemples puisque la recherche ne porte pas spécifiquement sur les particularités socioéconomiques de chaque région.]. Prenons l’exemple de la crise forestière et agraire qui frappe actuellement le Témiscamingue[3. Voir FORTIER, M. (2010). « Un pays à vendre en pièces détachées » et « Agriculteurs en péril », Rue Frontenac (Dossier « Le Témiscaminque sacrifié »), vol. 1 no 4 (18 au 24 novembre), p. 2-3 et p. 4-5.]. Cette crise fait augmenter la détresse des femmes. En effet, des hommes quittent le domicile pour aller travailler dans une autre région, laissant leurs femmes seules avec les enfants et très peu de moyens. Ces femmes se retrouvent dans une grande insécurité financière, doublée parfois d’une insécurité alimentaire.