La parution aux États-Unis du livre phare Our Bodies, Ourselves1 est considérée comme un moment déclencheur du mouvement pour la santé des femmes dans les années 1970. Ce vaste mouvement d’appropriation de pouvoir des femmes sur leur corps et sur leur santé est précédé d’un événement majeur qui a bouleversé la culture occidentale : la mise en marché de la pilule contraceptive, dès le début des années soixante.
Le contexte social et politique dans lequel grandit le mouvement féministe est également celui du syndicalisme et de la gauche, du marxisme en vogue à l’époque, avec l’émergence d’une « conscience de classe » chez les femmes. Bref, des décennies de fortes ébullitions sociales.
En ce qui concerne leur santé, de nombreuses femmes prennent conscience de l’oppression, dans leur vie, des savoirs dits scientifiques et, plus concrètement, des pratiques médicales. Cette oppression est surtout ressentie en matière de reproduction et de « santé mentale ». Soulignons qu’en ces années, tout le domaine de la « santé mentale » fait face aux critiques virulentes de l’antipsychiatrie, en provenance de l’Europe, qui dénonce la violence et le caractère pseudoscientifique de cette spécialité médicale aux racines pour le moins patriarcales.
Par ailleurs, des femmes de tout le continent nord-américain dénoncent leur exclusion des instances décisionnelles et contestent la « norme masculine* » en médecine, ainsi que la misogynie de ses savoirs autoritaires.
Les centres de santé des femmes, créés en Amérique du Nord, proposent aux femmes une démarche collective d’empowerment, d’empouvoirement, c’est-à-dire de prise de pouvoir face au système médical et dans leur vie personnelle. Il s’agit de favoriser la prise en charge de leur santé, ce qu’on appelle l’autosanté.
L’autosanté vise la réappropriation de sa santé, par la recherche d’une information diversifiée et indépendante, par la mise en action de ses choix en faveur de sa santé et par l’instauration d’un rapport de collaboration, plus égalitaire, avec le personnel médical.
*La norme masculine en médecine : quelques exemples
Des essais cliniques, pour la mise en marché des médicaments, qui excluent les femmes (y compris ceux pour la pilule contraceptive) ; la méconnaissance et la négation de la physiologie des femmes concernant, par exemple, les maladies cardiovasculaires ; une conception de la sexualité féminine calquée sur celle des hommes, etc.
Références
- (1) Ouvrage du Boston Collective for Women’s Health : la première édition date de 1970; réédité à de nombreuses reprises chez Simon and Shuster (la dernière remonte à 2011) et de nombreuses traductions ont suivi. Première adaptation française en 1977, puis en 2020 : Collectif NotreCorps, Nous-Mêmes (2020). Notre corps, nous-mêmes, écrit par des femmes pour des femmes, Paris, Hors d’atteinte. À noter : l’adaptation québécoise par La CORPS féministe, Corps Accord : Guide de Sexualité Positive, éditions du remue-ménage, 2019. ↩︎
Sources
Guyon, Louise et Louise Nadeau (1990), « Éditorial : Le mouvement féministe et la santé mentale : que reste-t-il de nos amours? », Santé mentale au Québec, XV, 1, p. 7-28.
Surprenant, Adèle, « Le féminisme pour repenser la santé mentale », La Gazette des femmes, 10 octobre 2024, https://gazettedesfemmes.ca/24697/le-feminisme-pour-repenser-la-sante-mentale/