Avec la complexification des problèmes, les groupes sont confrontés à la question des suivis individuels, et ils sont obligés de prendre position. Le point de vue adopté dépend, entre autres, du type d’organisme. Les groupes d’aide, qui accueillent des femmes vivant de plus grandes difficultés, ne peuvent éviter de faire des suivis individuels.

Il en va autrement des groupes « milieu de vie », où se font plus particulièrement sentir les effets perturbateurs de cette question. Dans les centres de femmes, les rencontres individuelles vont à l’encontre de l’approche collective visant à intégrer les femmes aux activités pour briser leur isolement. Plusieurs organismes refusent d’effectuer de tels suivis avec les participantes alors que d’autres considèrent qu’une augmentation du nombre de rencontres individuelles s’impose. La professionnalisation des travailleuses des groupes influe parfois sur les décisions prises. Mais il est certain que les travailleuses ne veulent pas jouer le rôle de psychologue ou de psychiatre[2. Noter que, normalement, les « suivis individuels » ne sont pas des suivis thérapeutiques au sens clinique du terme. Il s’agit de rencontres individuelles, répétées avec certaines femmes, avant qu’elles n’intègrent les activités de groupe.]. La position adoptée par un groupe dépend également du nombre de travailleuses dans l’équipe et du temps qu’elles peuvent allouer à chaque femme. En effet, 75 % des organismes ont une équipe restreinte, comprenant de 1 à 5 travailleuses à temps plein.

« Nous ne voulons pas entrer dans le jeu du réseau de la santé : nous ne faisons pas de thérapie et nous n’avons pas de bureau où faire de l’individuel et de l’écoute. Une femme peut venir dans mon bureau, elle va me parler de ses problèmes, je vais l’écouter, je vais la référer, mais nous ne donnons pas de soins, nous ne faisons pas de thérapie. Nous n’avons pas de psychiatre, nous n’avons pas de psychologue. Nous ne sommes pas des travailleuses sociales, nous sommes des travailleuses du centre de femmes. »