Les effets de la pauvreté sur la santé mentale des femmes comme des hommes ont été démontrés; c’est la pauvreté qui mine la santé mentale, non l’inverse[1. ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ (OMS) (2004). Investir dans la santé mentale, Genève, OMS, 49 p. (PDF)]. Selon De Gaulejac, « il n’y a pas de détermination simple et univoque entre ces deux termes : on peut être pauvre et en bonne santé mentale, on peut être riche et en mauvaise santé mentale »[2. DE GAULEJAC, V. (1994). « Postface : 3. Évaluation de Vincent de Gaulejac », ROBICHAUD, J.-B. et autres, COMITÉ DE LA SANTÉ MENTALE DU QUÉBEC (CSSMQ) (1994). Les liens entre la pauvreté et la santé mentale : de l’exclusion à l’équité, Boucherville, Gaëtan Morin, 247 p.]. Il existe néanmoins un lien entre la pauvreté et la détresse émotionnelle et il est certain que la pauvreté joue un rôle important dans l’augmentation et la persistance des problèmes de santé mentale dans la population[3. RQASF (2001). Femmes et santé mentale : grille thématique, Montréal, RQASF, p. 1. (PDF)].

Dans un contexte d’accroissement des inégalités sociales, la précarité économique touche davantage les femmes[4. MORROW, M., and M. CHAPPELL (1999). Hearing Women’s Voices, Mental Health Care for Women, Vancouver, British Columbia Centre of Excellence for Women’s Health, 89 p.; REID, C. (2002). A Full Measure: Towards a Comprehensive Model for the Measurement of Women’s Health, Vancouver, British Columbia Centre of Excellence for Women’s Health, 35 p.; FRONT D’ACTION POPULAIRE EN RÉAMÉNAGEMENT URBAIN (2010). Femmes, logement et pauvreté, sortir du privé un enjeu de société, Montréal, FRAPRU, 15 p.]. Un bilan gouvernemental révèle qu’en 2007, au Québec, le revenu moyen des femmes était nettement inférieur à celui des hommes : il était de 28 299 $, leur revenu disponible étant de 24 244 $, c’est-à-dire respectivement 73,8 % et 78,4 % des revenus correspondants des hommes[6. SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE (2010). L’égalité entre les femmes et les hommes au Québec : Faits saillants, Québec, Gouvernement du Québec, 44 p.p. 19.]. De plus, on y apprend que plus de femmes que d’hommes étaient rémunérées au taux du salaire minimum (5,8 % de la main-d’oeuvre féminine contre 3,5 % de la main-d’œuvre masculine)[7. Ibid., p. 20.].

La dégradation progressive des conditions de vie rime avec la détérioration de la santé des femmes. De nombreuses femmes, notamment, éprouvent des difficultés à se loger convenablement. La crise actuelle du logement atteint tout le Québec. La précarité du travail, les conditions d’emploi malsaines, les salaires insuffisants touchent également un nombre croissant de femmes. De plus, des recherches[8. MESSING, K. (2000). « Les stresseurs émotionnels dans les emplois féminins », dans La santé des travailleuses : la science est-elle aveugle?, Montréal, Éditions du Remue-Ménage/Toulouse, Octarès éditions, p.159-188.] montrent clairement les effets nocifs des difficultés de conciliation entre le travail et la famille sur la santé mentale.